Dans la belle salle du quatrième étage de la Maison des Supélec, Christian Sautter, accueilli par une assistance en majorité jeune et féminine (étudiants et anciens de CentraleSupélec, Agro, Insead, HEC, X, ESCP, Télécom, médecine, etc.), a évoqué les trois vagues de l’économie sociale et solidaire (ESS), les trois leviers de son essor et les trois défis qu’elle doit surmonter pour être à la hauteur de la transition écologique et solidaire.

Au XIXe siècle, en réponse aux duretés de la révolution industrielle, les ouvriers se sont peu à peu organisés en syndicats, en coopératives et en mutuelles. Ces avancées ont été concrétisées progressivement par des lois : loi sur les syndicats en 1884, loi sur les associations en 1901, loi sur les assurances sociales en 1928.

Dans les années 1980-1990, alors que s’essouffle le capitalisme fordiste, l’antidote à la sélection darwinienne est l’insertion, l’antidote à la financiarisation est l’exigence de sens, et le localisme et les circuits courts sont l’antidote à la mondialisation.

Un rôle pionnier pour l’ESS

La troisième vague est en train de gonfler : écologique (Emmaüs, Vitamine T, ID’EES, Envie, économie circulaire, énergies renouvelables…), démographique (silver economy) et démocratique (gilets jaunes, territoires zéro chômeur…). Dans chacune de ces dimensions, l’ESS a joué un rôle pionnier.

Les piliers de l’ESS sont l’entrepreneur, souvent élu par ses pairs, la finance patiente, ou finance solidaire, qui repose sur la garantie bancaire inventée par Claude Alphandéry et l’épargne solidaire poussée par Edmond Maire, et l’intervention publique de l’État, des régions et de l’Europe.

L’ESS a trois défis à relever :

1) devenir marchande sans perdre son âme (commercialité). Pour survivre, les associations doivent se transformer en entreprises associatives qui vendent leurs services ;

2) devenir un grand sans perdre ses racines (fidélité). La plupart des grandes entreprises solidaires conservent une base territoriale solide. Des entreprises solidaires se fondent dans l’économie capitaliste et certaines grandes coopératives ont parfois oublié les principes de l’ESS. À l’inverse, des entreprises capitalistes deviennent des entreprises à impact social ou à mission (loi Pacte) ;

3) devenir mûr sans s’essouffler (pérennité). La deuxième génération de dirigeants, mieux formée en gestion, va prendre le relais. Saura-t-elle prendre les risques de l’innovation sociale, économique et écologique ?

« Je crois la réponse positive, tant sont nombreux et talentueux les jeunes qui veulent donner du sens à leur vie, en apportant solidarité et dynamisme aux territoires où ils ont été enfants », a conclu l’ancien ministre.

Les échanges, nombreux, se sont déroulés autour du pot qui a suivi sous forme de buffet dînatoire.

Le texte intégral de l’intervention de Christian Sautter est téléchargeable ici.


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